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Les cartulaires ecclésiastiques en Anjou

Connaissez-vous les cartulaires ? Savez-vous qu’ils ont été au cœur des préoccupations des historiens et des archivistes dès l’Ancien Régime ? Vous saurez bientôt tout sur ces pièces maîtresses des bibliothèques et chartriers des établissements religieux …

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    Quelques définitions

    Il y a des chartes, des chartriers et des cartulaires. Comment les différencier ?

    Une charte1 est « un acte par lequel se manifeste au Moyen Âge la volonté de l’auteur de l’acte écrit et qui constitue normalement un titre entre les mains de son bénéficiaire ». Lesdits titres sont eux « les actes authentiques sur lesquels se fondent les droits et les obligations de leur possesseur, soit qu’ils créent ces droits ou ces obligations, soit qu’ils soient destinés à faire la preuve de leur existence ».

    Un chartrier est, « au sens strict, l’ensemble des chartes conservées par une personne physique ou morale – le plus souvent, un seigneur, une institution ecclésiastique, une ville – pour faire la preuve de ses droits ou conserver la mémoire de son histoire. Dans un sens plus général, le mot peut désigner un fonds d’archives remontant à l’époque médiévale et comportant un certain nombre de chartes ».

    Un cartulaire est « un recueil de copies de ses propres documents établis par une personne physique ou morale, qui, dans un volume ou plus rarement dans un rouleau, transcrit ou fait transcrire intégralement ou parfois en extraits, des titres relatifs à ses biens et à ses droits et des documents concernant son histoire ou son administration, pour en assurer la conservation et en faciliter la consultation. Un tel recueil, étant établi par l’intéressé lui-même, ne présente pas nécessairement une présomption de sincérité pour les actes qui y sont transcrits, et pas davantage de valeur authentique, à moins que, après collation, des marques extérieures d’authenticité n’y soient portées par une autorité habilitée à les leur conférer ».

     

    Les cartulaires sont donc des transcriptions organisées de documents et d’actes, dont le but est de servir celui qui les a produits grâce à une sélection préalable. En cela ils se distinguent du chartrier qui conserve sans distinction tous les actes originaux. Le cartulaire ne présente généralement que les textes les plus remarquables et/ou les plus utiles aux yeux de celui qui recopie les textes, même si les critères de sélection ont pu varier au fil du temps2. Certains originaux des chartes transcrites dans les cartulaires sont parfois encore conservés au sein des chartriers. Un travail de comparaison peut alors permettre de réaliser une enquête « diplomatique », et ainsi certains actes anciens ont pu se révéler être des faux !

    Toutes les communautés ont pu être amenées à justifier de leurs droits en réalisant des recueils de chartes. Des « cartulaires civils » sont ainsi produits par « des communes, des familles, des châtellenies, des provinces, [ou] des universités » ; et « des cartulaires ecclésiastiques » par « [des] évêchés, [des] chapitres, [des] abbayes, [des] prieurés, [des] commanderies, [des] hôpitaux, [des] églises, [ou des] couvents »3 .

    Des documents très étudiés

    La définition très large donnée par la Commission internationale de diplomatique permet de rassembler sous le nom de cartulaire une grande diversité de documents, plus ou moins prestigieux4. Cela va du « cartulaire-dossier de pièces justificatives » jusqu’au « codex de référence d’un établissement ou d’une institution ». Certains sont des hybridations, qui juxtaposent « des textes de différentes natures (récits, annales, textes hagiographiques, collections canoniques, censiers et autres listes) », voire qui peuvent prendre la forme de chroniques-cartulaires5. À l’apparition du genre au IXe et au Xe siècle, dans l’espace germanique, le cartulaire a surtout une vocation mémorielle et commémorative. À partir du XIe siècle, et surtout à partir de son apogée aux XIIe-XIIIe siècles, il devient, en plus, un outil de gestion, qui par la suite ne cessera de s’adapter aux modifications du contexte économique et juridique6.

    Si ce n’est qu’à partir des années 1990 que les cartulaires sont étudiés pour eux-mêmes, c’est de longue date, dès le XVIIe siècle, qu’ils sont objets de toutes les attentions des érudits et des historiens qui se préoccupent d’en recueillir le contenu et par là même de les recenser, comme Anselme Le Michel ou Roger de Gaignières au XVIIe siècle, ou comme Dom Etienne Housseau et Dom Maurice Arnauld au XVIIIe siècle. Copies d’extraits et transcriptions intégrales sont alors nombreuses. Le XIXe siècle voit un important travail de dénombrement des cartulaires conservés et de reconstitution de ceux qui sont perdus à partir des chartriers conservés et de chartes originales ou de copies, accompagné là encore de copies et de publications, notamment de la part des archivistes. La parution dès 1847 d’un Catalogue général des cartulaires des archives départementales montre bien l’intérêt porté à ces documents par l’administration centrale à une époque où ces dépôts d’archives sont à peine constitués et classés7.

    En Maine-et-Loire, les premiers travaux sur les cartulaires, et d’une manière plus générale sur les archives des communautés et des abbayes angevines, débutent à cette période avec l’arrivée du premier archiviste-paléographe à la tête du dépôt, Paul Marchegay, en 1841. Il s’attache à identifier les recueils, les recopier (abbaye de Fontevraud ou « livre noir » de Saint-Florent de Saumur par exemple) ou les reconstituer (abbaye Saint-Serge), voire à publier ses reconstitutions (prieurés angevins de Marmoutier en 1846 ou prieuré de Saint-Gondon en 1879 par exemple)8. Son successeur à partir de 1854, Célestin Port, poursuit en s’intéressant à l’hôpital Saint-Jean d’Angers. En 1870 paraît l’Inventaire des archives anciennes de l'Hôpital Saint-Jean d'Angers, précédé d'une notice historique et suivi d'un cartulaire de cet hôtel-Dieu, qu’il a rédigé entre 1863 et 18669. Cette dernière partie est une reconstitution factice.

    Ce rapide parcours historique sur la constitution des cartulaires et leur étude met au jour l’empilement multiséculaire de couches successives de copies et de reconstitutions faites ou non à partir de documents originaux, auquel est confronté celui qui cherche à en réaliser un recensement. S’y ajoute la difficulté de la dénomination. Qu’appelle-t-on cartulaire ? Et à quelle période ?

    La Bibliographie générale des cartulaires français ou relatifs à l’histoire de France, publiée en 1907 par Henri Stein, compte parmi les premiers essais de recensement exhaustif des cartulaires conservés. Elle précise les contours de son étude dans l’introduction : « Trop souvent, on a groupé improprement sous le nom de cartulaires des recueils qui ne répondent pas à ce titre : principalement des censiers, des inventaires de titres, des livres de fiefs, des répertoires d’aveux ou d’hommages, des collections de statuts de métiers, des livres d’enregistrement, des actes constitutifs de fondations de messes ou d’anniversaires, même (comme à Périgueux) des mémoriaux ou des annales, ou (comme en Provence) des chartes originales reliées en volume et des registres de notaires. Dans le présent travail, tous ces divers recueils ont été laissés de côté ; on n’y trouvera que les véritables cartulaires ou recueils d’actes relatifs à un même établissement, à une même institution, à une même localité, quelle qu’en soit l’origine, quelle qu’en soit la date »10. Ses bornes chronologiques sont larges : il ne se limite pas aux cartulaires médiévaux, mais s’intéresse aussi aux compilations de l’époque moderne.

    L’ouvrage a rapidement demandé une mise à jour du fait de découvertes et de nouvelles publications notamment, et d’ailleurs un supplément, demeuré à l’état d’épreuve, a vu le jour vers 1942. Par la suite avec les destructions opérées lors des deux guerres mondiales, un projet de réédition est devenu nécessaire et la Section diplomatique de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes (IRHT) est créée pour le mener11. Son travail de dépouillement, de vérification et de compilation des données, – mené pour les cartulaires angevins par Robert Favreau, directeur des Archives de Maine-et-Loire entre 1964 et 1969, sous forme de fiches (voir lien ci-dessous) –, aboutit à la création d’une base de données évolutive, CartulR, publiée depuis 2006 sur la plate-forme d’édition électronique Telma12.

    Elle a été précédée en 1999 de la publication d’un Répertoire des microfilms de cartulaires français conçu comme un instrument de travail de la Section diplomatique13. Ses notices sont issues de Medium, un répertoire des manuscrits reproduits ou recensés à l'IRHT. La reproduction des textes français, sur support argentique puis numérique, fait l’objet de campagnes photographiques dans les fonds patrimoniaux dispersés sur tout le territoire français. Ceux de la période médiévale conservés aux Archives départementales de Maine-et-Loire, disponibles dans la Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux (BVMM), l’ont principalement été dans les années 1990 et 2000.

    Les recensements de cartulaires évoluent régulièrement en fonction des programmes de recherche menés par les diverses institutions. C’est le cas par exemple avec le dernier en date, un projet financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) intitulé « La mise en rouleau des chartes : les « cartulaires-rouleaux » et leur fonction au sein des réseaux monastiques (France, XIe-XVe siècles) – ROTULUS », coordonné par Jean-Baptiste Renault du Centre de Recherche Universitaire Lorrain d'Histoire (CRULH). Commencé en 2018, cet inventaire national porte sur une typologie particulière de cartulaires14.

    Que trouver dans la base de données « Chartriers et bibliothèques ecclésiastiques » ?

    Les Archives départementales de Maine-et-Loire sont riches de cartulaires, produits par les nombreuses institutions ecclésiastiques installées dans la Province d’Anjou. Ils ne constituent toutefois pas une collection complète. Il en existe d’autres, conservés dans d’autres établissements français et angevins (Bibliothèque municipale d’Angers, Bibliothèque nationale de France par exemple).

    La constitution de cette base de données évolutive s’appuie en premier lieu sur ces cartulaires ecclésiastiques produits pendant l’Ancien Régime conservés aux Archives départementales de Maine-et-Loire et concernant des établissements et communautés situés dans le diocèse d’Angers, à l’exception de l’abbaye de Grandmont, en Haute-Vienne, dont le cartulaire est conservé en Maine-et-Loire. Elle peut également comprendre des cartulaires de dépendances d’abbayes angevines situées dans d’autres diocèses, conservés ou non aux Archives départementales de Maine-et-Loire, voire les références de reconstitutions, de transcriptions ou d’extraits lorsque l’original est détruit. Des recueils d’actes (chartes ou titres) réalisés sous l’Ancien Régime peuvent ponctuellement les compléter lorsqu’ils sont les seuls disponibles, et a fortiori lorsqu’ils sont conservés aux Archives départementales de Maine-et-Loire. Lorsque les documents ont fait l’objet d’une édition, ses références ont été ajoutées.

    Le recensement de ces cartulaires, au sens large, s’est appuyé sur l’ouvrage d’Henri Stein, Bibliographie des cartulaires français ou relatifs à l’histoire de France, publié en 1907, et sur la base de donnée CartulR, issue de sa mise à jour, disponible en ligne depuis 2006. Une recension à partir des inventaires actuellement disponibles pour les séries G et H et leurs sous-séries a complété la liste, ainsi que la consultation des recherches menées dans le cadre du projet Rotulus sur les cartulaires-rouleaux au sein des réseaux monastiques qui s’est déroulé entre 2018 et 2021.

    Les reproductions des documents conservés aux Archives départementales de Maine-et-Loire sont actuellement réalisées en interne, et avec l’appui de l’IRHT-CNRS dans les années 1990 et 2000, principalement dans un but de sauvegarde, afin d’éviter les manipulations en salle de lecture, mais également dans l’idée de permettre leur accès au plus grand nombre.

    Qui a encore son ou ses cartulaire(s) ?

    Pour résumer, les cartulaires recensés dans la base de données des Archives départementales de Maine-et-Loire sont produits sous l’Ancien Régime, -pour les plus anciens au XIe siècle. En ont été écartés les cartulaires factices, reconstitués surtout au XIXe siècle ou au début du XXe siècle, mais pas les copies de cartulaires originaux réalisées à cette même période.
    Voici un récapitulatif de ceux, originaux ou copies, conservés pour les établissements ecclésiastiques et abbayes angevins, et leurs dépendances, dont des archives sont conservées aux Archives départementales de Maine-et-Loire, ainsi que pour les autres communautés religieuses séculières situées en Anjou.

    Bibliographie

    • Bertrand, Paul, « À propos de la révolution de l’écrit (Xe-XIIIe siècle). Considérations inactuelles », Médiévales, 2009, n° 56, p. 75-92.
    • Bertrand, Paul (dir.), Répertoire des cartulaires médiévaux et modernes, Orléans : Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 2006.
    • Bourlet, Caroline, Dufour, Annie, Legras, Anne-Marie, et al.. Répertoire des microfilms de cartulaires français consultables à l'I.R.H.T. : section de diplomatique, Orléans / Paris : CNRS Editions, 1999. Consultable aux AD de Maine-et-Loire : BIB 10500 (Reproduction de la partie concernant l'Anjou disponible en USUELS : 011.3 INS).
    • Commission internationale de diplomatique ; Ma Milagros Cárcel Ortí (éd.), Vocabulaire international de la diplomatique, Université de Valence, 1997. Consultable aux AD de Maine-et-Loire : BIB 10168.
    • Commission des archives départementales et communales, Catalogue général des cartulaires des archives départementales, Paris : Imprimerie royale, 1847. Consultable aux AD de Maine-et-Loire : BIB 10125.
    • Le Braz, Jacqueline, « La Section de Diplomatique de l'Institut des Textes et la refonte de la « Bibliographie générale des cartulaires français » », Bulletin d'information de l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 1969, n°15 (1967-1968), p. 267-273.
    • Lécuyer, Paul-Henri, Pratiques et usages de l’écrit diplomatique à Saint-Florent de Saumur (ca. 950-1203), Thèse de doctorat, sous la direction de Jean-Michel Matz, soutenue le 20 décembre 2018, Université d’Angers. Consultable aux AD de Maine-et-Loire : BIB 16000.
    • Morelle, Laurent, « Comment inspirer confiance ? Quelques remarques sur l’autorité des cartulaires », in Escalona, Julio, Sirantoine, Hélène (éd.), Chartes et cartulaires comme instruments de pouvoir, Presses universitaires du Midi, 2013, p. 153-163.
    • Poirier-Coutansais, Françoise, Souchon, Cécile (dir.), Guide des archives de Maine-et-Loire par le personnel des Archives départementales, Angers, 1978. Consultable aux AD de Maine-et-Loire : 49 AD 8.
    • Stein, Henri, Bibliographie générale des cartulaires français ou relatifs à l’histoire de France, Paris : Librairie Alphonse Picard et fils, 1907. Consultable aux AD de Maine-et-Loire : BIB 16630.

    Notes

    1 Ces définitions proviennent, sauf mention contraire, du Vocabulaire international de la diplomatique, édité par la Commission internationale de diplomatique et Ma Milagros Cárcel Ortí en 1997.
    2 Lécuyer 2018, p. 433.
    3 Stein 1907, p. VIII.
    4 Commission internationale de diplomatique 1997, p. 35-36.
    5 Morelle 2013.
    6 Bertrand 2009.
    7 Stein 1907, p. X-XI.
    8 Poirier-Coutansais, Souchon, 1978, p. 16-17.
    9 Cet inventaire, accessible sur le site internet des Archives départementales de Maine-et-Loire (1 H supplément), fait d’ailleurs l’objet d’un conflit avec Paul Marchegay, qui en revendique une partie de la paternité. Célestin Port lui répond par une lettre publiée en 1877.
    10  Stein 1907, p. VII-VIII.
    11 Le Braz 1969.
    12 Bertrand 2006.
    13 Bourlet, Dufour, Legras et al. 1999.
    14 Un carnet de recherche dédié à ce projet est disponible en ligne.

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