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Les chantiers de reconstruction en 1945 dans le Maine-et-Loire

Vue des destructions effectuées au pont des Sept-Voies à Saumur après le bombardement du 1er juin 1944

Dans le cadre du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Archives départementales proposent un article mensuel sur les événements marquants de l’année 1945 et les efforts de reconstruction politique, économique, sociale et matérielle en Maine-et-Loire.

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Au cours de la Seconde Guerre mondiale, certains secteurs du département de Maine-et-Loire ont subi d’importants dommages matériels. La reconstruction des biens commence dès la fin de l’année 1944, sous l’égide du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Compte tenu de l’ampleur des opérations à mener et des diverses pénuries, le ministère doit définir des chantiers prioritaires, mis en œuvre durant l’année 1945.

La mise en œuvre locale de la politique de reconstruction

En France, le bilan matériel du second conflit mondial est particulièrement lourd. Dans l’ensemble du territoire national, les opérations militaires, et tout particulièrement les bombardements aériens, ont provoqué des dégâts considérables aux habitations, sites industriels, équipements ferroviaires, routes, ouvrages d’art, lignes téléphoniques, terres agricoles, mais également aux biens mobiliers.

La reconstruction du pays représente un enjeu majeur pour le Gouvernement provisoire de la République française, qui crée en novembre 1944 le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Après la Libération, on recense notamment près de 12 000 biens immeubles partiellement ou intégralement endommagés dans le département de Maine-et-Loire. Sept communes sont considérées comme sinistrées : Angers, Saumur, Les Ponts-de-Cé, Avrillé, Ingrandes, Segré et Montjean. À cet égard, le MRU a élaboré pour chacune d’elles un plan d’aménagement et de reconstruction.

La tâche à accomplir est donc immense et les représentants locaux de l’État entendent bien suivre de près les travaux de reconstruction, mais ils déplorent bien souvent de ne pas être suffisamment associés par le MRU à leur réalisation.

Le 23 février 1945, Michel Debré, commissaire de la République de la région d’Angers, fait ainsi part à ce ministère de son insatisfaction quant à l’organisation des services extérieurs de la reconstruction : « J’ai appris avec regret que sur le territoire de la région administrative d’Angers qui comprend cinq départements, à savoir : la Sarthe, la Mayenne, l’Indre-et-Loire, le Maine-et-Loire et la Loire-Inférieure, trois commissaires aux travaux vont être nommés, chargés notamment, l’un de l’Indre-et-Loire, l’autre de la Loire-Inférieure, et le dernier de la Mayenne, de la Sarthe et du Maine-et-Loire. Ainsi, je ne vais avoir auprès de moi, au chef-lieu de la région, aucun haut fonctionnaire du ministère de la Reconstruction qui puisse me tenir rapidement au courant des mesures réalisées et des difficultés rencontrées en ce domaine crucial de la reconstruction, ni qui puisse prendre mes directives et les faire exécuter uniformément pour les cinq départements de la région. Je sais malheureusement par expérience, que si dans une région administrative certaines attributions de nature régionale sont partagées suivant les départements entre des fonctionnaires différents, il en résulte un manque de coordination regrettable et une absence d’efficacité certaine. […] ».

Les contraintes liées aux pénuries et aux déblaiements

En parallèle, il faut tenir compte des pénuries de tous ordres qui perturbent le déroulement des chantiers de travaux, surtout pendant les premiers mois de l’année 1945. Ainsi, Michel Fourré-Cormeray, préfet de Maine-et-Loire, note dans le rapport de janvier 1945 destiné au ministère de l’Intérieur : « Les travaux de reconstruction sont poussés avec la plus grande activité. Toutefois, l’absence presque totale de matières premières, notamment de ciment, de plâtre et de produits ferreux ralentissent cette activité. Le contingent de verre à vitres mis à la disposition du département n’arrive à couvrir qu’une partie minime des besoins ». En fin d’année, l’approvisionnement en matériaux s’améliore, mais le manque de main-d’œuvre, et en particulier d’ouvriers spécialisés, comme les plâtriers et les menuisiers, affecte encore fortement les entreprises du bâtiment et des travaux publics.

Dans les communes de Maine-et-Loire les plus touchées par les conséquences de la guerre, des travaux de déblaiement sont menés pour enlever les décombres des édifices détruits. Cette difficile mais indispensable besogne mobilise entre 300 et 800 ouvriers au cours de l’année 1945, notamment à Angers et à Saumur.

Les chantiers prioritaires

Étant donné l’ampleur des destructions, la reconstruction constitue une œuvre au long cours qui va s’échelonner jusqu’aux années 1950. Dans l’immédiat après-guerre, l’urgence première consiste à remettre au plus vite en état les voies de communication et ouvrages d’art détériorés

Si les principales routes du département sont utilisables dès le début de l’automne 1945, le rétablissement des cinquante-six ponts (ferroviaires ou routiers) endommagés pendant les hostilités est beaucoup plus long à mettre en œuvre. Pour permettre le franchissement des cours d’eau, des passerelles pour piétons sont aménagées, en particulier au niveau des ponts de Bouchemaine, de Briollay ou d’Ingrandes. Les travaux prennent du temps : en 1949, une vingtaine de ponts angevins ne sont toujours pas totalement remis en service ; la restauration du nouveau pont de Champtoceaux n’est, quant à elle, achevée qu’en 1976.

Outre l’état des infrastructures de transports, la question du relogement des familles sinistrées représente un enjeu majeur pour les pouvoirs publics. Néanmoins, le Maine-et-Loire ne figure pas parmi les départements pour lesquels la situation est la plus critique, de sorte que l’État n’y orchestre qu’un programme de construction de logements provisoires relativement modeste. Des baraquements sont installés à Angers, à Avrillé, aux Ponts-de-Cé, à Ingrandes, à Montjean et à Saumur. Ces installations de fortune, provenant très souvent du matériel récupéré de l’ancien occupant allemand, sont destinées à accueillir temporairement non seulement des particuliers, mais aussi des commerces, des industries ou des écoles.

Par ailleurs, la fin de l’année 1945 est marquée par la fin des travaux d’aménagement de la cité d’urgence du domaine de Pignerolles, à Saint-Barthélemy-d’Anjou, qui a ouvert en début d’année suivante afin d’y reloger des sinistrés ou d’anciens prisonniers de guerre ou déportés.

Pour en savoir plus

  • MARAIS Jean-Luc, Le Maine-et-Loire aux XIXe et XXe siècles, Paris, Picard, 2009.
  • VOLDMAN Danièle, La reconstruction des villes françaises de 1940 à 1954. Histoire d'une politique, Paris, Picard, 1997.
  • Le Maine-et-Loire en guerre : 1939-1950. L'invasion, l'occupation, la Libération, la reconstruction, numéro hors-série du journal Ouest-France, 2004.

Sources 

  • Versements d’archives du commissariat régional de la République : 
    • Circulaires émanant du MRU, 1945, ADML, 19 W 7
    • Correspondance relative à la reconstruction, procès-verbaux de réunions des délégués départementaux du MRU, 1945, ADML, 30 W 117.
  • Versement d’archives du cabinet du préfet de Maine-et-Loire : rapports mensuels du préfet adressés au ministre de l’Intérieur, Archives départementales de Maine-et-Loire, janvier 1945-janvier 1946, ADML, 80 W 9-15.
  • Versement d’archives du service de la reconstruction de l’administration des Ponts-et-Chaussées : dossiers concernant les reconstructions immobilières, 1941-1947, ADML, 1105 W 24.
  • Versement d’archives du 4e bureau de la 4e division de la préfecture de Maine-et-Loire : documents relatifs à la cité d’urgence de Pignerolles à Saint-Barthélemy-d’Anjou, 1944-1945, ADML, 197 W 6-7.

Paul-Henri Lécuyer, attaché de conservation, chef du service des publics

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